L'Immigration en Italie

L'immigration en Italie est un sujet très sensible. Après les lois sur l'immigration de juillet dernier, on a assisté, en ce début d'année, à une chasse à l'homme (noir) dans le sud de l'Italie, sur fond de mafia... Ambiance.

African Migrant, Retamar, Almería, Spain, January 2004

Les Vendeurs du Pont Saint Ange

L'immigration en Italie ne me parvenait qu'à travers les vendeurs à la sauvette du Pont Saint-Ange, que je croisais lors de mes promenades et dont j'ai déjà eu maintes fois l'occasion de vous parler, notamment à propos de la contrefaçon...

Mais ces personnes, manifestement organisées par les mafias, sont-elles en situation régulière ou irrégulière, en dehors du fait que leur activité est illégale ? J'allais dire peu importe puisqu'ils pratiquent leur commerce en (quasi) toute tranquillité ou impunité...

Alors, l'Italie est-elle vraiment devenue ce pays où l'air devient irrespirable lorsque l'on est originaire d'un autre pays ? Et bien, comme souvent, il n'y a pas de réponses toutes faites parce qu'il n'existe pas UNE Italie, mais DES régions et des villes en Italie... C'est le premier constat. La situation n'est pas la même à Milan, Rome ou en Sicile, en Calabre ou ailleurs...


Inatteso

Ma 2ème "rencontre" avec l'immigration en Italie s'est faite à travers un ami de Rome, Domenico Distilo (voir Ils sont fous ces romains), et son film Inatteso, sur l'immigration et le travail saisonnier dans le sud de l'Italie...

La situation est complexe. On parle d'immigration légale ou illégale ? On parle de racisme, xénophobisme ou de respect des lois ? Car il y a ces faits graves qui se sont déroulés... et je vous renvoie à la thèse du Monde, En Europe et En Italie, le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers migrants, et à son antithèse de Bouillaud...

Il y est question de travail clandestin, c'est à dire non déclaré, mais aux vues de tous ! Tout le monde sait que les cultures du sud et l'argent se font sur le dos des pauvres - il faut voir dans quelles tristes conditions ils vivent - clandestins. Tout le monde sait que la mafia met ses pattes d'ours un peu partout dans ces business et dans la gestion de cette main-d'oeuvre livrée aux plus forts...

Alors où se trouve la légalité et l'illégalité maintenant ? Si l'on se situe en dehors de ces faits très graves, orchestrés ou non par la mafia, déclenchés ou non par les travailleurs saisonniers, je ne sais pas, de quelle légalité parle-t'on ? Peut-on en toute légalité exploiter la détresse humaine ? En tous cas, on le peut souvent impunément en Italie...


L'Accueil des Etrangers

Et qu'advient-il de l'immigration légale ? La question du racisme se pose. La question économique des intérêts ne nous intéresse pas ici. Ce qui nous intéresse, c'est comment sont accueillis les nouveaux arrivants ? Quels sont les moyens mis à la disposition des personnes qui viennent faire leur vie en Italie ?

Comme tout le monde, j'ai eu une première impression lorsque je suis arrivé en Italie et à Rome, sur certaines mentalités. Je me contenterais de dire qu'à de nombreuses reprises, l'on m'a parlé de la couleur des joueurs de notre équipe de France de football. Pas le bleu, mais le noir...

Autant vous dire, que ce genre de remarques me fait bondir, à la première fois comme à toutes les autres. C'est surtout un étonnement que j'éprouve à écouter cette remarque de la part de ceux qui m'accueillent, quelques soient leurs origines socio-culturelles...

Si je dépasse cette image négative qui m'a souvent été laissée, je constate que, comme dans la société française, certains emplois sont davantage occupés par des personnes issues de l'immigration (aide aux personnes âgées, notamment) . La discrimination à l'embauche tacite existe aussi en France.

lampedusa

A Rome, existent des cours de langue Italien pour les étrangers. Il y a un site du Ministère de l'intérieur et un guide d'aide à l'installation des étrangers en Italie (je n'arrive pas à mettre la main dessus). Des places en crèche sont spécialement réservées pour les immigrés. L'Italie possède donc des outils pour l'accueil des immigrés. L'Italie a aussi besoin de l'immigration pour son économie.

Ce que j'essaie de vous dire, c'est qu'au-delà des faits macabres, au-delà des jugements hâtifs, qu'ils soient provoqués ou non, la situation de l'immigration en Italie m'apparaît multiforme et touche des registres -économiques, sociaux, culturels- complexes, variés.

Il est trop facile de juger un pays qui n'est pas le sien, en bon Candide, quand la France ne se pose pas en meilleur élève. Et il est trop facile de mettre tout le monde dans le même sac. Je ne le ferais donc pas. Je vous ai simplement livré quelques impressions de voyage...

Vous qui vivez en Italie, en France, ou ailleurs, quelle est votre vision de l'Italie en matière d'immigration ? Est-ce si différent dans votre pays ? Faites moi part de vos expériences.

Vos Chemins Mènent à Rome

Commentaires

Je vais être brêve pour une fois.
BRAVO.
J'ai trouvé ton article formidable, pour toute les informations qu'il contient, mais surtout la sensibilité avec laquelle tu abordes ce sujet complexe.
Du vrai travail de PRO.
Et je suis vraiment sincère
Anna
Eric a dit…
Bien sur, je ne vais pas bouder le plaisir de relire ton commentaire... pour la 2ème partie, car tu sais, Anna, que je ne suis pas journaliste et que ce billet est une impression d'un français qui vit à l'étranger, pas une étude, voir une enquête sur l'immigration...
Merci !
C'est justement ça qui en fait l'intérêt. Un journaliste n'aurait pas cette sensibilité, ce doute sur ce que tu perçois.
Un journaliste se doit d'être sûr de ce qu'il avance, il n'est pas payé pour étaler ses états d'âme.

Quand je parle de travail de pro, ce n'est pas au journaliste que je te compare.
C'est un travail de PRO pour un bloggeur. Tu nous mets dans tes pas, avec ta partialité qui penche du côté humain. Ceux de l'autre bord ne suivront pas.
Mais les autres dont je fais partie, qui sont révoltés par les même choses que toi, tu leur donnes l'occasion d'appréhender les situations avec un autre œil que celui que l'on pose sur ce qui nous parvient via les médias.

Pour des articles comme celui-ci, quelque chose en moi ne se trompe pas. Je te laisse deviner ce que c'est...
Eric a dit…
Alors tutto bene.
Ciao Anna.
Anonyme a dit…
Eric, bonjour
Ce week-end, j'avais pris la décision de lire à l'envers tous vos articles, je veux dire en commençant par le dernier, car je suis un lecteur assez irrégulier.
Cet article sur l'immigration, je l'avais raté. Et c'est un secteur dans lequel je me bats en France dans un RESF, réseau éducation sans frontières. Je suis ce qu'on appelle un professeur des écoles, mais je préfère, instituteur, qui se réfère au temps où l'éducation, l'école publique pour essayer de donner à tous les enfants des chances égales, était notre mission.
Nous nous battons quand un enfant dans une de nos écoles est expulsable. Parfois nous gagnons, souvent nous perdons, mais même là nous ne disons pas notre dernier mot car la clandestinité existe encore.
J'en dirai pas plus.
Mais nous avons face à nous, des gens pour qui fuir était la chance de survivre. S'ils viennent chez nous c'est pour qu'on leur sauve la vie. Et on les renvoie là-bas!
On parle souvent de choc post-traumatique.
Ma classe de CM1 l'a vécu, le jour où Ali, avec qui ils travaillaient et jouaient depuis deux ans a été arrêté sous leurs yeux, à la sortie de l'école.
Ses parents étaient déjà en centre de rétention et ils ont été renvoyé en Tchéchénie le lendemain.
Nous n'avons rien pû faire. Les parents ne se montraient pas, et pour lutter ils faut prendre les choses bien en amont.
Ma classe n'a pas compris. Que leur expliquer. J'ai fait de mon mieux, certains parents m'ont accusé de faire de la politique en classe.
Cela s'est passé en mai. J'ai changé d'élèves, mais ceux-là viennent encore me demander s'il reviendra.

C'est dire si votre article m'a interpellé et je vous serre la main pour l'avoir écrit.
Paco
J'ai décidé de m'abonner pour ne rien rater et j'espère que vous continuerez à nous donner des analyses aussi pertinentes de cette situation politique qu'on ose pa qualifier de peur d'utiliser des termes que l'on croyait relever du passé, et que nos deux pays connaissent en parallèle.
Anna a raison c'est vraiment une très bonne analyse d'un citoyen lambda, révolté par ce qu'il voit.
j'ai rempli un formulaire pour m'abonner, mais je ne suis pas sûr que ce soit le bon.
Si je me suis trompé, dites-le moi.
Eric a dit…
Merci de votre témoignage poignant Paco. C'est une réalité difficile, que je ne connais que d'un point de vue douillet...
Tout est ok pour l'inscription, Paco.
A bientôt.

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