Pauvre Berlusconi

Certains clips m'amusent, d'autre beaucoup moins. Comme celui que l'on passe actuellement sur toutes les chaînes de télévision italienne : Berlusconi reçoit un projectile sur le visage, lancé par un homme. Mais le pire est que l'on trouve des justifications à cet acte odieux...


"Il fallait bien que cela arrive un jour" pourrait être le leitmotiv de certains - Di Pietro pour ne pas le nommer - suite à l'agression dont a été victime Silvio Berlusconi dimanche. Vous avez tous vu les images en France, je pense. Elles passent en boucle en Italie et font l'objet de tous les débats...

Certains trouvent des justifications à cet acte délirant. Un homme se remet encore de ses blessures à l'hôpital. Moi, je n'en voit aucune. Et qu'un homme politique n'est pas la décence de ne plus porter ses coups lorsqu'un homme est physiquement à terre me dérange.

L'homme de la rue - vous, moi - peut penser ce qu'il veut. Mais, il y a des limites au lynchage médiatique : le lynchage physique ! Rancunes et haines peuvent faire l'objet de joutes verbales violentes, pas de coups. Des différences, des désaccords abyssaux peuvent exister. Ils ne doivent pas justifier ce type d'actes.

Cette attaque se passe en Italie et certains peuvent rire de bon coeur. Que nous a le Silvio encore préparé. Je ne me réjouis pas de ce qui s'est passé dimanche. Je m'en inquiète plutôt. Que le No B Day - No Berlusconi Day ait été un succès, à la bonne heure. Que le résultat de mois d'attaques sur le vie personnelle de Berlusconi se finissent dans le sang. Non et 2 fois non !

Les faits auraient eu lieu aux Etats-Unis, on aurait parlé de catastrophe mondiale. Lorsque la démocratie est en danger, c'est une catastrophe. Elle ne s'exprime que dans les urnes, pas par les armes. Certains hommes politiques paient le prix de leur engagement, Ghândî, mais bien d'autres encore.

Je ne le souhaite à personne. Alors courage Silvio.

ps : Ceux qui ne lisent pas le blog et sautent déjà sur leur siège pour cette phrase et l'image choisie pour illustrer ce billet, politisant le moindre mouvement de doigt, de manière stérile, comme sait si bien le faire la politique politicienne, sont priés de se placer d'un point de vue humain.

ps2 : Que l'Italie cesse de tout centrer sur Berlusconi : commentaires, analyses, débats en tous genres. Tout tourne autour de la personne de Berlusconi. Et les idées ? Et la politique ? Et les programmes ? Et les résultats ? Que propose l'opposition ? Quels sont les résultats réels de la politique de Berlusconi ? Et enfin, que feront tout ceux qui n'existent que par opposition à Berlusconi après son départ ? Qu'ont-ils à proposer ?

Si vous avez des réponses à me donner, n'hésitez pas. La discussion est ouverte.

Vos Chemins Mènent à Rome

Commentaires

Eric, je suis tout à fait d'accord avec toi.
Même si je dois l'avouer, je regrettais parfois qu'il n'ait pas été victime de ce qui était trés à la mode ici à une époque, je parle d'une tarte à la crème en pleine figure. Mais dans mon esprit cela avait une signification précise : tu nous prends pour des guignols, on te répond comme à Guignol.

Mais le dérapage médiatique qui s'est emparé du moindre fait et geste de sa vie privée et cette violence qui envoie un homme à l'hopital, non.
Où est le débat politique ? Les attaques sur les promesses non tenues, les magouilles avec la justice et j'en passe ?
Manifestons, dénonçons, construisons des projets politiques alternatifs, mais l'on est plus au temps où les divergences se réglaient à main nues.
Et cracher sur un homme tombé à terre, c'est vil et apolitique. Bête et méchant.

En France, il y a une dizaine d'années, des milliers de familles de déportés avaient remporté une victoire en faisant traduire en justice, BOUSQUET, l'un des responsables de l'application des mesures Antijuives de PETAIN.
Quelques semaines avant le procès, un imbécile a décidé de lui coller une balle dans la tête, parce que la peine de mort avait été abolie et qu'il ne méritait pas mieux.
Pas de procès, pas de débat qui auraient éclairé de visu ce que fut la France de ces années là, et ce que c'était d'avoir le malheur d'y être juif.
C'est la parole qui a été abattue, sous les commentaires de ceux qui trouvaient cet acte justifié.
Peut-être qu'il y aurait un peu moins d'antisémitisme aujourd'hui, si ce débat avait pu avoir lieu. Sans parler de la souffrance de ceux pour qui c'était là, la dernière occasion de témoigner.
Izzy a dit…
Ne pas oublier que nous vivons dans un pays où un homme a le pouvoir d’Obama, le pouvoir médiatique de Rupert Murdoch, et la fortune de Forbes (... Certes l’Italie n’a pas la même constitution que les USA mais force est de constater que Silvio Berlusconi est un homme de pouvoir et qu’il concentre les pouvoirs. Si l’on considère que pour obtenir plus de pouvoir, il souhaite changer la constitution, ça me laisse songeuse… Ce à quoi on rajoute qu’il est le président d’un des meilleurs clubs de football d’Europe… Certes, l’acte dont il a été victime est à condamner fermement, on ne résout rien avec la violence même incarnée par un homme déséquilibré... Nous vivons dans un pays qui a inventé les paparazzi ou devrais-je dire où les paparazzi se sont inventés. Ca fait partie de la culture italienne. La politique italienne est faite de scandales, de corruption, de prises de bec mais a-t-on oublié le Watergate ou plus récemment l’affaire Clearstream ???
Non, je n’ai pas été voir le No-B day et je ne soutiens pas non plus le mouvement anti-Berlusconi, j’essaie juste de ne pas me faire aveugler par les médias. Ce qui me fait bondir quand je regarde les journaux télévisés (RAI ou Canale 5), c’est la manipulation de l’information :
Comparer ce qui est arrivé à Berlusconi aux assassinats des frères Kennedy ou l’attentat contre Jean-Paul II, car ils ont été cibles de balles et non d’une pâle réplique en plâtre du Duomo.
Essayer de me faire croire qu’une fois après avoir été mis à l’abri dans sa voiture, le « Cavaliere » a voulu sortir pour voir qui était son agresseur. Ne pas oublier que cet homme a bâti une partie de sa fortune sur les média. Il a pris l’initiative de sortir de sa voiture après que les policiers qui l’entouraient l’y aient mis à l’abri, monter sur le marchepied et regarder au dessus de la foule afin de faire voir son visage ensanglanté. Berlusconi est un grand communicateur, voir le show qu’il a fait chez Bruno Vespa lors de l’inauguration des habitations pour les victimes du tremblement de terre de l’Aquila…

Bien évidemment, tout ce qui touche à un homme politique quel qu’il soit, est politique par la force des choses. Ce qui me dérange dans la politique italienne c’est que la gauche se borne à exploiter les scandales sans proposer de vrai programme, que l’actuel Premier Ministre ne supporte pas l’opposition et clos tout débat, qu’il essaie de changer la constitution afin de faire passer des lois, qu’il essaie de réformer le système judiciaire alors qu’il est au centre de procès, et qu’il concentre le pouvoir médiatique avec Mediaset dont son fils est le président, avec Il Giornale qui depuis 1987 est la propriété de la famille Berlusconi, et que depuis qu’il est premier ministre, il contrôle également la télévision étatique.
Remettons les choses dans une perspective objective ! En attendant, les organisations criminelles, la pollution, le travail au noir et les salaires parmi les plus bas de la CEE, la faible natalité, le chômage, l’insécurité, les problèmes d’ordures… qui rongent l’Italie… restent d’actualité… mais de ça depuis 2 jours, les media n’en parlent plus à croire que le pays est figé depuis l’attaque et l’Italie continue sa dérive !

PS : Jean-Marie Colombani a écrit un article intéressant en aout dernier que je vous conseille : http://www.slate.fr/story/9117/litalie-la-derive-par-jean-marie-colombani
Eric a dit…
Oui, le débat, Anna, c'est juste. Je me répète, mais le vrai débat sur les problèmes de l'Italie (quel pays n'en a pas ?). Où va-t'il ? Quels sont ses moyens ? C'est la question que je posais à la fin du billet : et l'après Berlusconi, il va ressembler à quoi ?
Eric a dit…
cf L'Italie à la dérive

Bah, dis donc Izzy, merci beaucoup de ta participation et de tes idées très pertinentes. Belle formule sur Berlusconi au début...

Je partage tes idées, comme celles d'Anna. Elles sont justes et sensées. L'Italie doit se remettre au travail !

sur la contrefaçon
sur la natalité
sur les ordures à Naples
sur la pollution
sur la mafia

Merci à nouveau de ta participation.
Merci Izzy pour ton analyse très claire. Mais je me rends compte à quel point il est difficile de COMPRENDRE, la situatuion politique en Italie, quand on vit à l'étranger, loin des médias, des gens de la rue... J'imagine que l'inverse est également valable. Mais même si le contexte est différent, les questions se ressemblent. Un guignol à l'égo surdimensionné qui est en train de balayer tous les acquis sociaux, détruire l'éducation, la culture, fait de la France le pays des SDF et de l'expulsion.
Je lisais hier un document sur l'iver 56, qui fut à l'origine de l'appel de L'Abbé Pierre devant la détresse de ceux qui vivaient dans les bidonvilles. Cette vague de froid, qualifiée "du siècle" fit en Europe 10 000 morts. Les mêmes conditions en feraient aujourd'hui
100 000 EN FRANCE.
Et il n'y a personne en face. Que restera-til de la France après son deuxième mandat, inévitable.

Bon mais on est pas là pour parler de la France. J'aimerai savoir ce que tous deux vous avez pensé de la thèse de l'agression montée de toute pièce. j'ai visionné sur le web la vidéo sur laquelle elle s'appuie, et ça tient la route.
http://www.jeanmarcmorandini.com/article-34075-et-si-l-agression-contre-berlusconi-etait-bidon-regardez.html

Aini que ses conséquences, sa remontée dans les sondages.
Sa popularité reste pour moi un mystère.

PS je ne remets pas en question mon premier texte. Non, définitivement non à ce type de pratiques.
Eric a dit…
J'avoue ne pas l'avoir vu.

Avoir l'esprit critique, c'est bien. Mais je trouve que l'on a depuis les attentats du world trade center un peu tendance à vouloir remettre sur le tapis la théorie du complot. Peut-être que Elvis n'est pas mort après tout.

Je pense que c'est une tendance naturelle la remontée dans les sondages, quelques soient les idées politiques, on refuse le geste.

Je ne pense pas que l'on gagne les élections avec ce type d'actes, s'il l'avait commandité.

Pour ma part, je n'y crois pas. Mais qu'importe. Il faut se recentrer sur les pays, plus que sur les personnes.

On voit bien l'obamania et les sondages du président américain aujourd'hui. Les enjeux sont de taille, mondiaux. Un plan de communication ne résoudra pas les problèmes.
C'était juste pour avoir le ressenti de quelqu'un qui a la tête sur les épaules.
Mais je ne suis pas totalement convaincue. On est pas dans le complot, il n'y a pas mort d'homme.
Ce serait tout au plus une machination de quelqu'un qui a fait bien pire.

En fait je voulais parler d'un bouquin que j'ai terminé hier.
Gian Carlo de Cataldo "La saison des massacres".
Il revient sur les années de l'assassinate du juge Falcone, d'Aldo Moro et d'autres dont j'ai oublié les noms, les attentats visant des oeuvres d'art comme la bombe à coté des Offices à Florence.
On est juste dans l'avant-Berlusconi, son nom n'est prononcé que dans les dernières pages. Il fait partie ce ce genre de livres, où se mélange des personnages romancés, d'autres qui portent leurs vrais noms et des documents émanant des servives de police, des renseignements, tout à fait authentique.
La trame est l'emprise de la mafia à tous les échelons.
Bien que j'ai eu beaucoup de mal à suivre à cause de la multitude des noms dont beaucoup se ressemblent, je l'ai refermé avec le froid dans le dos.
Voilà d'où il vient ce Cavaliere. Aucune raison qu'il ait changé d'alliés. La poudre aux yeux en plus. Finalement toute cette vie privée jetée en pature est-ce que quelque part . Est-ce qu'elle ne lui aie pas pardonnée parce qu'elle elle flatte la virilité italienne. Et tout ça occupe l'espace et l'on ne parle pas politique.
Qu'en penses-tu ?
Eric a dit…
Je ne sais pas. Après, on tombe dans l'image d'Epinal. Pourquoi ne pas recentrer le débat sur des choses simples et tangibles :

- Où en est l'Italie ? (endettement, exportations, éducation, énergie, emploi...). Elle avance ou elle recule ? Comment se situe-t'elle dans le classement mondial ?
- Où en est la presse en Italie ? Quels sont les sujets abordés, les enquêtes menées ? Fait-elle du bruit ou son travail ?
- Où en est l'opposition ? Que proposent-ils ? Pour quelle Italie ? Qui incarnera la relève ? Existe-t'elle ?

Encore une fois, on parle trop des personnes, pas des actes, des idées ou des équipes. Remettons les pays aux centres des débats.

La discussion est ouverte car je n'ai pas les réponses !!
PS
La vidéo en question reprend au ralenti toute la scène. Le coup, et immédiatement B. se cache la partie atteinte avec un sac en plastic noir. La caméra se détourne de lui et filme la foule. Retour sur B. dans la voiture on voit des mouvements à l'arrière de la voiture. Sur une deuxième vidéo on a extrait et aggrandi la photo du passager arrière avec bien visible dans sa main un spray. B. sort de la voiture, on cadre son visage ensanglanté.
La retransmission sur les chaines TV commence sur cette image.
Dernière question, le choix de l'hopital. Il y en a un à 3km mais il va dans un autre beaucoup plus éloigné.
Le médecin ensuite déclare, "il a perdu 1/2 litre de sang", mais il n'y a pas l'ombre d'une tache sur sa chemise blanche et il précise bien "il ne gardera aucune trace."
Or il n'est pas censé avoir saigné du nez. Il aurait eu la lèvre fendue, un traumatisme ouvert près de l'oeil. Où sont les traces de sutures. Qu'on puisse les faire disparaitre ensuite, soit, mais si rapidement c'est impossible. J'ai vu hier son visage absolument intact.

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