Cinecitta - Amarcord

Cinecitta revient pour un dernier rendez-vous avant la rentrée... avec Amarcord de Fellini...


Je me souviens d'Amarcord, il y a 24 ans.
Le manine scoincidono nel nostro paese con la primavera...
Un mot inconnu que les sous-titres me faisaient découvrir.
Les ménines. Ces flocons annonciateurs du printemps ne tombaient pas du ciel, mais des peupliers. Et c'était le vent en rafales qui créait ce décor insolite, prélude aux premières notes de la musique de Nino Rota.
Mélodies toujours mélancoliques et joyeuses, inoubliables,
personnages à part entière dans tous les films de Fellini.

Amarcord se feuillette page après page, comme un album de famille
des années 30.
Pendant quatre saisons, des Ménines aux Ménines, se déroule la chronique des évènements marquants d'une petite ville. Nous les suivons à hauteur du regard de Titta, un adolescent turbulent et farceur, délicieusement torturé par sa sexualité naissante.

Différents lieux et Différents groupes
La ville
Les arcades et ses boutiques, portes ouvertes, qui sont comme autant de théatres miniatures.
Son Cinéma, tapis volant vers l'ailleurs.
La place, centre stratégique où tout le monde se retrouve.
Scènes de fêtes, d'émerveillement, de guerre froide...
Il s'y passe tant de choses simultanément que les yeux balaient l'écran pour ne rien manquer. Et l'on essaie de capter tous les dialogues, rapides, percutants et drôles.
Emerge parfois, une sensation proche de l'étouffement.
Tout se sait et tout se voit.

Le lycée
Sa cohorte de profs caricaturaux.
Les lycéens et leur insolence, leurs histoires d'amour, leurs règlements de compte qui nous font rire en écho, parce que notre propre jeunesse n'est pas si loin.

La maison
Où se joue entre les parents, une commedia dell'arte excessive
et hilarante, pudique incapacité à exprimer ses sentiments.
Avec Titta, c'est la découverte des dernières bêtises, déjà oubliées, qui donnent lieu à des courses poursuites, des échanges de menaces que le vent de l'amour emporte.

Les femmes
Cela surprendra ceux qui abordent ici l'univers Fellinien, mais tous ses stéréotypes sont au rendez-vous.
La Mamma dont les enfants sont restés la chair de sa chair.
La Beauté Fatale, objet des fantasmes de tous. Elle rêve d'être enlevée par Gary Cooper. Mais aspire à trouver un mari, avec qui partager le caffèlatte du matin et une ribambelle de bambini.
Celle dont la poitrine opulente empêche les adolescents de dormir.
La nymphomane.
Les Adolescentes sont de simples figurantes. Belles et déjà briseuses
de coeurs ou laiderons dont on se moque.

Les hommes
De 7 à 77 ans, ils sont pratiquement tous, complètement obsédés.
Mais protagonistes et ceux qui font partie du décor, sont vivants, différents et attachants. Poète, musicien, historien, ouvriers, vendeur ambulant loufoque, menteur professionnel, barbieri...

Le contexte
La politique
C'est la montée du fascisme.
L'embrigadement des enfants qui croient participer à un jeu.
La cohabitation au sein d'une même famille d'un fasciste
et d'un antifasciste.
La grandiloquence des chefs du parti, seuls personnages ridiculisés.
L'anarchiste isolé et fier, qui réussit une brillante et poétique démonstration de résistance. Les représailles, si elles n'ont rien
de sanglant, nous ramènent brutalement les pieds sur terre.
L'adolescent n'a aucun recul, mais l'adulte qui raconte
a choisi son camp.

L'emprise de l'Eglise
Elle fut le bras droit du fascisme.
C'est l'ère d'Au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit, de la Famille
et de la Patria.
Et l'omniprésence de la Répression Sexuelle, allègrement contournée par ceux qu'elle vise.


Différents registres
Les saisons
Elles sont scandées par une magnification de la nature.
Les Ménines auxquelles tous vouent un véritable culte,
sont comme la vie. On tente de l'attraper... elle vous échappe.
L'immense feu de joie, célébration païenne ancestrale
de la fin de l'hiver.
La beauté époustouflante de l'été dans la campagne Romagnole,
cadre d'une scène familiale d'une tendresse infinie.
La mer. Un bateau illuminé traversant la nuit. Le ciel constellé d'étoiles qui ramène au mystère de l'univers.
Le brouillard qui rend si étrange les décors familiers.
La neige, l'apparition d'un paon venu de nulle part.
Le retour des Ménines... malgré la tristesse, la vie continue
et reprend son cours.

Les émotions
Il y a toute la palette du rire.
Une tendresse qui souvent ne trouve pas ses mots.
La tristesse, l'espace d'un instant.
La fierté de ne pas baisser la tête.
L'humiliation qui suscite empathie, admiration et compassion.
L'amour de l'Humanité, réduite ici à cette population hétéroclite
qui partage joies et peines.

L'écran s'est éteint.
Mais la musique nous reste. On se surprend à la fredonner,
les yeux encore écarquillés, charmés et heureux.
Ne soyez pas surpris de lancer un jour à la face du monde
Voglio una donnaaaaaaa, qui loin de son sens premier, est juste un cri de guerre volé au film et qui vous le rend, dans toute sa douceur.


Vient l'envie de boire à la santé de Federico, où qu'il soit,
un verre de cette bière Amarcord, brassée à Rimini en hommage
à celui qui se surnommait Le Plus Grand des Menteurs.
Bien malin celui qui saurait séparer la réalité du faux, chez ce Maestro
du mentir-vrai.
Lui même, comme tous les Conteurs, en était incapable.
Et s'il a préféré tourner à Cinecittà plutôt que sur les lieux de son enfance, c'est qu'il redoutait la confontation entre ses souvenirs
et ceux qu'il s'était raconté...

AMARCORD 1974. Je me souviens, en dialecte Romagnol.
Avec Magali Noël Gradisca, Bruno Zanin Titta, Pupella Maggio Miranda, Armando Brancia Aurelio et Ciccio Ingrassia Teo
Avec ce film, Fellini remporte son 4ème Oscar du Meilleur Film Etranger.
En 1957 La Strada, 1958 Le notti di Cabiria et 1964 Otto e Mezzo

colisée, rome, italie, rome en images
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Commentaires

Caro Eric
C'est aujourd'hui mon anniversaire, et je suis en train d'écouter la musique de Nino Rota.
Quel beau cadeau ! Ça, Cinecittà.
Lire cet article écrit il y a dix jours et presque oublié.
Mais d'où sortent ces mots ? De quel tiroir enfoui en moi. Il fallait que tu sois là pour que je l'ouvre...
Quand je pense à quel point je me suis faite prier pour cette chronique.
J'ai complété mon étagère Fellini et vais tout revoir cet été pour continuer à la rentrée.
Puis-je t'embrasser ?
Anna
Eric a dit…
Mais bien sûr !
Je m'en veux de ne pas te l'avoir souhaité...
Bon anniversaire, Anna !
Eric
Anonyme a dit…
Quelle belle incitation à aller revoir ce film de toute urgence. J'ai suivi Cinecitta depuis le début et je suis étonné de votre capacité à parler aussi bien de trois films aussi différents. Vous les portez à bras le corps et arrivez aussi à transmettre ce que vous ressentez pour eux. C'est rare que ce soit aussi sincère sans grandiloquence. Et vous avez une qualité qui s'est perdue chez les critiques, vous ne racontez pas le film. C'est exaspérant de connaitre à l'avance les meilleurs moments.
Etes vous spécialiste du cinéma italien ?
Dans quelle revue écrivez-vous, j'aimerai bien pouvoir vous lire plus souvent ?
J'ai parlé de vous à une amie qui fait une thèse de 3ème cycle sur le cinéma italien, elle va vous contacter.
J'attend avec impatience le prochain film.
Connaissez vous Domani, Domani de Daniele Luchetti ? Ce serait génial de vous lire sur ce petit chef d'oeuvre méconnu.
Amitiés
Mateo
Eric a dit…
Merci Mateo de votre commentaire et de votre passage sur le forum de tripadvisor.

Anna va être ravi. Je suis très content qu'elle ait accepté de participer à Rome en Images.

Elle a un réel talent pour raconter les histoires...

A bientôt Mateo
Bonjour Mateo, ce que vous dites me touche beaucoup.
Vous avez parfaitement compris ma démarche, donner envie de voir, et que l'on perçoive derrière les mots, mes propres émotions par rapport au film.
Je vais vous décevoir, je n'écris nulle part.
Il a fallu la proposition d'Eric pour que je rédige cette chronique. J'ai eu beaucoup de mal à me lancer, parce que je n'avais jamais écrit "sur commande".
C'est chaque fois l'angoisse de la page blanche. Mais j'y ai vraiment pris goût et Cinecittà reprendra à la rentrée.

Domani, Domani. J'ai une vénération pour ce film. J'ai vu les autres de Luchetti sans vraiment accrocher.
J'aimerai beaucoup en parler. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de DVD.
La même semaine, j'ai vu "Domani, Domani" et "Il Piccolo Diavolo" de Benigni. Ils sont complètement associés dans mon esprit. Comme deux épisodes d'une histoire inclassable... Encore un film dont je ne pourrai pas parler. C'est du Begnini fantasque et ses excès font partie du personnage qu'il incarne, très attachant. Bizarrement ce premier film, tendre et magique est inconnu du public. Le seul DVD, est en italien, non sous-titré.
L'avez-vous vu ?

Quand je dis que je n'écrit nulle part, ce n'est pas tout à fait exact. Je rédige avec une amie, un blog de souvenirs d'enfance. Mais cela n'a rien de cinématographique pour l'instant.
Si vous voulez y faire un tour, cliquez sur le lien en début de message.
Anonyme a dit…
Bonjour Anna, on dirait que c'est le ciel qui vous a mis sur ma route. Vous êtes exactement la personne que je cherchais.
Mateo vous a dit que je faisais une thèse de 3ème cycle. Mon sujet est vaste, je n'ai pas encore le titre exact car le provisoire que j'ai du donner ne me plait pas : le regard français sur le cinéma italien.
Si c'est assez facile pour tout ce qui concerne les films récents, la période qui m'intéresse le plus concerne celle de votre génération.
Voici en quoi vous pourriez m'aider.
1) m'autoriser à utiliser vos textes, que je référencerai comme vous le souhaiterez.
2) me donner des conseils sur les revues, livres etc que vous avez connu à l'époque. J'avoue que sans avoir rien approfondi encore, je me perds un peu dans les différents courants des années 60 et 70.
Je cherche un regard cinéphilique mais aussi celui de personnes comme vous qui expriment à la fois l'essence du film et leurs émotions.
J'ai été désapointée de lire que vous n'aviez rien écrit d'autre sur le cinéma, mais avec un article par mois, j'aurai déjà une douzaine de films.
Comment les choisissez vous? D'où est venu l'idée de cette chronique? Avez vous la liste des prochains films?
Je m'excuse de la longueur de ce message et de toutes ces questions. J'espère que votre passion vous donnera envie de m'épauler.
Par avance merci. Je crois que je ne doute pas de votre réponse.
Sophie Vargas

PS je suis allée sur votre blog avec ma mère. Elle était très émue de retrouver son enfance, et moi d'en savoir plus car elle n'en parle pas beaucoup.

Eric, j'espère que ça ne vous contrarie pas que les commentaires ne parlent pas de Rome.
En tout cas bravo pour votre blog auquel je vais m'abonner car il est passionnant. C'est une véritable base de données. Je sens que je vais y passer du temps.
Eric a dit…
C'est le but même du blog, créer des échanges...
Je laisse le soin à Anna de vous répondre.
Merci de vos encouragements
A bientôt
Bonjour Sophie, moi j'ai l'impression que c'est le ciel qui me tombe sur la tête !
Tous ces compliments me font rougir jusqu'aux oreilles...
Bon pour le premier point, aucun problème de ma part mais j'y mets deux conditions.
Il faut qu'Eric donne aussi son accord.
Et ensuite que les textes soient référencés ainsi, Rubrique "Cinecittà" du blog "Rome en images" avec l'adresse du blog, et la date.

Si c'est moi qui ai tenu le stylo, c'est Eric qui me l'a mis dans la main. Sans lui Cinecittà n'existerait pas.
Puisque vous voulez savoir l'origine de la chronique, j'ai laissé un jour un commentaire où je mettais en opposition la Rome historique, musée à ciel ouvert et celle du quartier où j'habitais qui me faisait penser à Cinecittà et à l'univers des grands Réalisateurs Italiens.

C'est cette phrase qui a tout provoqué.
Eric m'a demandé d'évoquer cet univers.
L'idée me plaisait mais je trouvais un tas de raisons pour ne pas m'y mettre.
Et puis j'ai lu un jour la déclaration d'un ministre berlusconien qui ne voyait pas de raisons de fêter le 25 avril. C'est l'anniversaire de la chute du fascisme et j'ai voulu le commémorer à ma façon.
Ce fut avec Libera Amore Mio. Le pli était pris.

Si je réussi à rendre perceptible mes émotions, c'est que je ne lis rien sur le film, je le regarde, et je me mets à écrire à 1h du matin sans doute dans un étât un peu second !
Pour le choix des films, il faut qu'ils soient sortis en dvd, et pour le reste ça se fait au feeling.
Mais je crois que je vais repartir sur l'idée d'Eric, la notion d'univers d'un cinéaste. En alternant sans doute. Avec le recul, je trouve que c'était une excellente idée.

Pour le deuxième point, je vous conseillerai d'abord de voir un maximum de film de cette époque, sans lire avant. Vous pourrez confronter votre propre regard à celui des critiques.
Ceux de l'époque à laquelle vous faites référence n'étaient pas n'importe qui. Ils se surnommaient eux-même "les enfants de la Cinémathèque" et avaient nom Truffaut, Godard, Rivette, Rohmer et d'autres. Ils ont appris leur métier en regardant des films et en écrivant.
Les deux principaux courants qu'ils vous faut étudier se regroupaient autour de deux revues. Les "Cahiers du Cinéma" qui avaient un point de vue strictement cinéphilique, en tout cas jusqu'en 68 et à nouveau 2 ans après.
"Positif" qui jugeait en fonction du "politiquement correct". Je schématise !

Vous pouvez consulter les archives des Cahiers.
L'accès est payant, mais les listes sont visibles gratuitement.
Je ne peux pas vous aider de façon aussi elliptique et je souhaiterai que l'on ne squatte pas le blog pour en faire une tribune cinématographique.
Donnez-moi votre email, je vous communiquerai une bibliographie, une filmographie de base.
C'est en tout cas un sujet passionnant car il n'y a plus de vrais critiques au sens où eux l'entendaient. Le dernier, Serge Daney, est mort en 1992. Il vous sera aussi d'une grande aide.

Il faut faire très vite. Je pars ce week-end pour 3 mois. Précipitez-vous sur le site des Cahiers, listez ce qui vous parait intéressant et je vous dirai ce qui vous enrichira le plus.
Il ne faut pas perdre de vue non plus, que le fait de voir un film à sa sortie en salle est une chose. Le revoir 40 ans après en est une autre.
Même un mauvais film de cette époque on le regarde avec nostalgie, parce que c'est le décor d'une partie de notre vie et qu'il vous a "vu" lui aussi. Cette vision là se retrouve dans notre mémoire et le film la réactive en nous rappelant des faits, des émotions.
L'objectivité de l'oeil n'existe pas...
Eric a dit…
Les conditions d'Anna me vont tout à fait !

Ok pour moi.
Anonyme a dit…
Merci à vous deux.
Le blog prendra sûrement des vacances cet été, mais avec les archives je pourrai m'occuper.
Eric votre organisation est incroyable. Vraiment bravo!
Sophie

Anna RDV sur sophie.vargas@gmx.fr
Eric a dit…
Si cela vous est utile, j'en suis heureux.
Jy a dit…
Grand moment. Oui.
Je suis vraiement touché par ce côté "grands enfants" des italiens représentés. Comme lorsque la presque totalité du village se rend en mer pour saluer quelques secondes le passage d'un bateau : cet engouement général mais de courte durée, comme un pétard qui fait long feu, pour des choses qui peuvent paraître dérisoires, tandis que le bateau passe comme dans un rêve (évidemment) et sans un regard.
Jy

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