Le Pigeon - Monicelli

Retour à Cinecitta avec Anna, pour Le Pigeon(I Soliti Ignoti)...

Ce film de 1958, bien que son metteur en scène Mario Monicelli ne soit pas répertorié comme tel, fait partie de ce mouvement de l'après-guerre, Le Cinéma-Vérité...

Il est tourné en décor naturel et ressemble à un documentaire. Ce qui le différencie des films de cette École, c'est qu'il est extrêmement drôle et qu'il se penche sur une population particulière. Celle des petits malfrats de seconde zone, dans une Rome, elle aussi de seconde zone où les ravages de la guerre sont encore visibles...

Mais ce qui l'y rattache, c'est que ces cinq hors-la-loi, au fond, n'aspirent qu'à une vie ordinaire avec les rêves de tout le monde. Ce sont leurs tentatives pour y arriver qui sont hors normes...


Le titre français du film, Le Pigeon, est une bonne introduction au plat de résistance. Le casse du siècle par notre bande de Pieds Nickelés.

Un Pigeon, doit posséder un casier judiciaire vierge. En s'accusant d'un délit, il fait libérer le coupable avec la certitude de bénéficier lui-même d'un sursis, et touche évidement une compensation financière.

Chacun de nos héros se voit tour à tour proposer ce pactole. Nous voyons ainsi le gang se former sous nos yeux, de refus en refus, chaque tentative faisant surgir un nouveau nom.

Par ordre d'apparition

Campanelle, un vieux marginal bon à tout et bon à rien, qui faisait le gué lors du coup raté. C'est lui qui part en chasse.

Je cherche un Mario qui habite par ici
. "Il y en a cent qui s'appellent Mario". Celui qui est cambrioleur. "Il y en a cent aussi !".

Mario, le tout jeune Renato Salvatori, réfléchit à peine. Et je vais dire quoi à ma mère, je vais en prison !?

Il propose Ferribotte, un Sicilien, toujours tiré à quatre épingles, qui enferme sa soeur à clé. Impossible, je ne peux pas la laisser seule !

Reste Tiberio, Marcello Mastroianni, le photographe dont la femme est en prison pour trafic de cigarettes. Il faut que je garde le bébé."Amène-le à ta femme, la prison c'est le meilleur jardin d'enfant de Rome, j'y étais". Non, il ira en prison quand il sera grand !

C'est lui qui pense à Peppe, Vittorio Gassman, qui tergiverse, tergiverse et finalement accepte.

Évidemment rien ne se passe comme prévu. Peppe sortira de prison avant le pigeonneur. Non sans lui avoir habilement extorqué le plan du coup génial qui nécessitait sa libération rapide.

Tout s'organise de façon sci-en-ti-fi-que, grâce à Dante, l'inénarrable Toto. Dottore es coffre-forts, il tient son Université sur le toit en ruine de son immeuble, avec cours magistral, travaux pratiques et prêt du matériel adéquat.

Les soirs de casse, prudemment, il va rendre visite à sa soeur avec la complicité involontaire des Carabinieri qui surveillent de près son assignation à résidence.


Aucun personnage n'est stéréotypé. Il y a là, une peinture par petites touches d'individus malchanceux et de ce qui fait leur humanité. Leurs maladresses nous font rire aux éclats comme des enfants qui voient quelqu'un se casser la figure dans un film de Chaplin.

Mais il y a chez chacun d'eux quelque chose qui nous émeut profondément. L'amour de Tibério pour son fils et son espoir qu'il aura une vie meilleure. La dévotion de Mario envers sa mère à la personnalité si particulière. Elle ne ressemble à rien de connu et leur relation, unique dans l'histoire du cinéma, amènerait presque les larmes aux yeux.

La façon dont Feribbotte protège sa soeur. C'est par réelle affection, malgré sa manière très Sicilienne et excessive de l'exprimer. Un revirement de dernière minute laissera sa rigidité s'effacer devant la voix du coeur.

La vantardise très Gassmanienne de Pepe, qui va se fissurer là où on l'attend le moins. Et Campanelle qui a tant souffert de la faim qu'il mange tout ce qui passe à sa portée.

Après le mot FIN, quand nos rires s'arrêtent, il faut imaginer la suite. Des déboires, encore des déboires mais cette aventure a changé leurs vies et l'on espère qu'ils réussiront à toucher du doigt ce qui hante leurs rêves.

La suite sur votre écran.

J'ai donné beaucoup de détails. Mais dans la séquence que j'ai raconté, à peine un centième ! Cela ne nuira pas au plaisir très visuel de ces scènes, si expressives qu'elles sont proches du cinéma muet, mais agrémentées de dialogues d'un comique qui n'est jamais complaisant.

Invitez vos meilleurs amis, ils seront heureux... et buona sera a tutti!

Rendez-vous vendredi 26 juin, avec Amarcord de Federico Fellini.

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Commentaires

Elisa a dit…
J´aime ces affiches Eric.
A plus.
Elisa, Argentine

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